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Né en 1979 à Lyon. Vit et travaille à Paris.
texte de Pierre-Evariste Douaire (2007) :
Depuis son premier atelier en 1997, Yassine Mekhnache, alias Yaze, attaque les toiles avec fureur, précision et économie de moyens. Il les inonde de sa personne, les recouvre de son être, n'hésitant pas à se prendre pour modèle. Entre peinture gestuelle et autoportrait, il écrit sa vie à l'encre de sa sueur.
Yaze est peintre par nécessité. Habité il pense, mange, boit et vit peinture. Cette obligation transparaît à tout moment dans ses toiles, autant dans leur gestualité que dans leur lente préparation. En perpétuelle mutation, son oeuvre ne cesse d'évoluer au grès des rencontres et des propositions de travail. Chaque exposition est l'occasion de remettre en question son travail. Volubile et impatient il se retranche derrière une ascèse volontaire pour mettre sa création en jachère. Ce chômage technique le met sous pression, lui insuffle l'énergie nécessaire pour être prêt le jour de l'exposition. En deux semaines il produira ce qu'il a mis six mois à imaginer et à ressasser. Il se nourrit de sa propre frustration. Il puise sa force de son manque de peinture. Il puise son envie de peindre dans le manque de peinture.
Cette phase finale est le sommet immergé de l'iceberg. En amont, son travail préparatoire s'élabore à tous les instants. Son carnet de croquis ne le quitte jamais, à l'image de son téléphone portable qu'il coince sous son casque de scooter. Toujours mobile, toujours à l'affût, il chasse son imagination en se faufilant dans le trafic. Il l'abreuve d'une écriture intempestive et pressée, il prend en note ses fulgurances graphiques, ses trouvailles picturales. Il immortalise sur son carnet de bord ses feuilles de route, comme autant de directions à suivre. Cartes marines guidant sa destinée, elles lui permettent de tenter l'aventure, de procéder à des expériences, autant d'occasion de prendre le large.
Sa peinture se rapproche de l'autoportrait. Le peintre répète ses gammes comme le boxeur travaille son punch. Tous les matins il boxe et brosse le papier kraft. La sueur qu'il dépense se transforme en encre colorée, en crachat sanguin, en tâches acryliques. Il se mouche sur la toile comme dans une serviette éponge. Il y dépose ses humeurs, ses doutes, ses faiblesses. Il transpire l'encre comme un éthylique de l'alcool. Il suinte la térébenthine et ses ongles cachent des restes de fusain. Ses coups de tête sur la toile deviennent des suaires qui gardent son portrait. Autoportraits au coup de boule, les différentes études qu'il réalise sont les pages d'un diariste. Il radiographie ce qu'il connaît le mieux, c'est-à-dire lui-même, et propose un voyage intérieur.
Sa peinture est vivante, personnelle, elle raconte son histoire à travers sa chair et sa matière. Yaze ne joue pas, il est. Il ne compose pas, il propose un cheminement à part. Sa peinture est introspective, anatomique et endoscopique. Il sonde son âme, drague le fond de son être, gratte le bout de ses ongles et dissèque sur la toile toute l'opération. A coup de brosse il autopsie la peau de son tableau, la travaille, la triture. Le style est jeté, balayé par un pinceau fouettant. Les coulures sont irisées, elles saignent du nez. Toute suinte. Tout coule. Tout s'organise. Les premiers coups donnés sont violents, libérateurs. Ils indiquent les premières lignes de force et organisent la toile. L'action est explosive mais n'est pas qu'une éruption. Elle ne se laisse pas prendre au piège de la caricature. Conscient de ce risque Yaze maîtrise l'ensemble pour ne pas gâter ses différentes opérations picturales.
Peintre du débordement, il propose des parcours hors cadre. Il expérimente la surface de la toile mais ne renonce pas à sonder les murs, en s'aventurant du sol au plafond. Le geste se prolonge par-dessus les cimaises. L'humeur de l'artiste éclabousse l'espace en se répandant. Orchestrée et mise en scène, elle colonise la galerie. Ce procédé d'éclatement du support et d'étalement de la couleur illustre la volonté de l'artiste de "vivre physiquement l'espace". Yaze, peintre de chevalet, veut désormais aller au-delà du châssis et tout peindre, pousser les murs. Chaque vernissage se transforme en défi. Chaque exposition est l'occasion de diversifier sa production. Après s'être contenté d'accumuler des strates de peinture, il tente désormais d'en expliquer la genèse. Chaque tableau est l'achèvement d'un long processus qu'il tente de décortiquer et d'expliquer au spectateur. Ses toiles lui permettent de tirer des bords et de remonter au vent. Elles lui permettent toutes les expériences. Son introspection se mute en exploration du monde.
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