LAST EXIT TO ORDALIA (4 mai – 25 juin)

4 mai – 25 juin 2013 | may 4th – june 25th 2013
une proposition de | curated by Marco Costantini
avec | with :
Omar Ba | Elise Gagnebin-de Bons | Annaïk Lou Pitteloud | Ana Roldan | Sandrine Pelletier

La Galerie L.J. met à l’honneur la jeune création d’origine ou formée en  Suisse en invitant le commissaire d’exposition Marco Costantini (Ecole cantonale d’art du Valais) à proposer une exposition pour laquelle il a choisi de réunir les peintures sur carton ondulé d’Omar Ba (formé au Sénégal puis à Genève) ; les sculptures de Sandrine Pelletier (diplômée de l’ECAL, Lausanne) ; les dessins d’Ana Roldán (formée au Mexique puis à Bern) ; les vidéo et installations d’Annaïk Lou Pitteloud (diplômée de la HKB, Bern) ; et les collages d’Elise Gagnebin-de Bons (diplômée de l’ECAL, Lausanne).

“Last Exit to Ordalia” prend comme point de départ un recueil de nouvelles de l’auteur américain Hubert Selby Junior intitulé Last Exit to Brooklyn. L’auteur y relate à travers plusieurs personnages le désoeuvrement dans le quartier de Brooklyn dans les années 50. Ce qui est à relever dans ce récit et qui est l’un des points de départ du projet de l’exposition est de questionner la relation entre pauvreté spirituelle et misère économique, entre victimisation et responsabilité. L’ordalie est quant à elle un mode archaïque de preuve en justice basé sur le jugement de Dieu. Il consiste à soumettre les plaidants à une épreuve physique dont l’issue, établie par Dieu, désigne la personne innocente ou coupable.
Riche ou pauvre, dominant ou dominé, innocent ou coupable, Ordalia tranchera. Ne loupez pas la sortie !

OMAR BA est fasciné par tout ce qui touche au pouvoir, ses costumes et ses oripeaux. Centré principalement sur l’histoire de l’Afrique, le travail d’Omar Ba questionne les relations complexes entretenues entre les différentes populations du continent et la dictature ou le colonialisme. Jamais réaliste ou simplistes, les œuvres d’Omar Ba nous entraine davantage dans des représentations énigmatiques et poétique sur fonds tantôt noir tantôt blanc. Qu’il s’agisse de traiter des tirailleurs – les soldats venus du Sénégal pendant la Deuxième Guerre mondiale pour secourir les Français – ou d’excision, les peintures d’Omar Ba tentent comme elles le peuvent de régler les injustices du passé comme du présent. C’est dès lors l’artiste, et lui seul, qui décerne les médailles.

L’association des pratiques artisanales ou folkloriques avec les expériences et outils des artistes de l’art minimal et conceptuel confèrent aux œuvres de SANDRINE PELLETIER un effet d’inquiétante étrangeté. Décalage, illusionnisme et trompe l’œil sont de plus des figures de style que l’on retrouve à plusieurs reprises dans son travail. Elles sont les rouages d’une vision d’ensemble que l’artiste a sur sa pratique et qu’elle souligne à travers des mises en scène qui ne laissent aucune place au hasard.

Protéiforme, le travail d’ELISE GAGNEBIN-DE-BONS se développe généreusement tant sur l’axe vertical de l’art, soit sa dimension historique, que le long de l’axe horizontal, définissant quant à lui sa dimension sociale. Si la réalité semble bien être un élément crucial de son travail, elle prend forme dans son intérêt pour le phénomène de société – violent le plus souvent – et la marginalité. Elise Gagnebin-de Bons travaille dès lors le réel afin non seulement de réveiller notre conscience mais davantage de questionner la portée critique et politique de l’art aujourd’hui. Son œuvre TIP TAP OIL présente une danseuse qui exécute une double action: celle de danser et celle de déverser sur elle- même le liquide, en l’occurrence de l’essence. Cette dernière se rapporte à un fait d’actualité politique récurent dans l’histoire contemporaine: l’immolation. Ce phénomène est en effet survenu à plusieurs reprises dans l’histoire (Moine vietnamien bouddhiste à Saigon en 1963, Jan Pallach à Prague en 1969, Alfredo Ormando à Rome en 1998), et encore récemment avec celle de Mohammed Bouazizi en janvier 2011 en Tunisie qui a été un élément déclencheur de la révolution du Printemps Arabe. Il a depuis encore été commis à Thessalonique et à Tel Aviv.

On a souvent tendance à vouloir définir ANNAIK LOU PITTELOUD comme étant une photographe tant elle a utilisé ce médium. Pourtant, elle a réalisé en parallèle à ses prises de vue une série de pièces qui se rapprochent davantage d’une approche conceptuelle. La dilatation et la compression de l’espace et du temps sont néanmoins communes. Si l’usage de la photographie dans Prototype et Sequence renégociait notre relation au réel, la video Non-Specific Target (2010) interroge nos système d’identification et nos modèles de représentations et de transcription quels qu’ils soient. D’autres pièces questionnent notre rapport à la surveillance, à l’insurrection et au(x) contrôle(x) dont nous faisons l’objet.

Pour son installation à la galerie, ANA ROLDAN s’est inspirée de l’artiste conceptuel nord-américain James Lee Byars (1932-1997). De son travail « How to do Shakespeare », composé d’exactement 1000 et 1 phrases, elle a extrait l’assertion « We are all the same person » au début de laquelle elle a ajouté « In terms of nature ». Roldán a apposé cette sentence sur un papier peint aux motifs gris, sur lequel, en observant plus attentivement, on distingue la forme d’une colonne vertébrale et d’une cage thoracique, ainsi qu’un bananier. L’énigme que cet assemblage inspire à première vue fait écho à la polysémie de références symboliques qui émane de la sentence ouverte de Byars. Notre origine et notre identité, voire le rapport entre l’être humain et la nature pure et simple, sont ici remis en question. Nous sommes tous égaux de nature, malgré des apparences et des imprégnations culturelles très différentes. Roldán crée autour de l’invitation à la poésie de Byars un dialogue entre la phrase source et sa ré-appropriation artistique, et relie subtilement par le fait-même réflexion et perception sensuelle.