[11/03 – 01/05/21] 🔴 ⚫️   GROUP SHOW

La Galerie LJ présente 🔴 ⚫️ , une exposition collective qui revisite la traditionnelle thématique du noir et blanc, en y ajoutant une touche de couleur rouge. Avec des oeuvres inédites d’Amandine Urruty, Amelia B. (en collaboration avec la Galerie 8+4 Bernard Chauveau, Paris), Ben Tolman, Murmure, Mu Pan, Julien Primard (en collaboration avec la Backside Galerie, Marseille), et des dessins de Namio Harukawa (1947-2020).

Créatrice d’une œuvre plastique sublime et obsédante, l’artiste française Amandine Urruty crée des dessins peuplés de clins d’œil aux maîtres de la peinture et aux icônes de la culture pop. Armée d’une solide technique du crayon, elle puise son inspiration dans les tableaux de Hieronymus Bosch et dans la lecture du Nouveau Détective, brassant dans son sillage les amoureux de symbolique alchimique et les adolescentes plantureuses (un peu) vulgaires. En résulte une œuvre baroque jouant un numéro d’équilibriste sur la frontière qui sépare l’élégance la plus noble de la vulgarité la plus crasse, telle une improbable rencontre entre le Muppet Show et le Moyen-Age fantastique.

A mi-chemin entre Henry Darger et l’art pop, le travail d’Amelia B. (alias Amélie Barnathan) est tout sauf innocent. Pour cette artiste et illustratrice française basée à Londres et diplômée du Royal College of Arts (2016), le dessin s’affirme comme revendication : celle d’une pratique solitaire, complexe, lente dans son exécution, lui permettant de coucher sur le papier un univers qui ne cesse de questionner l’identité d’un point de vue féminin. La pratique d’Amélia B. porte en germe un travail sur le collectif féminin et les formes de ritualisation d’une sexualité refoulée, tout autant qu’elle énonce ce moment particulier où la femme passe de l’enfance au monde adulte, d’un corps asexué à un corps à la fois désirant et assujetti aux normes et fantasmes de la société.

L’américain Ben Tolman crée des dessins à l’encre dont la densité dépeint des scènes de la vie urbaine réparties sur plusieurs niveaux. Avec la précision d’un architecte et les principes d’illusions artistiques de Maurits E. Escher, il construit des scènes à multi-étages, telles des vignettes de scénario. Dans ces paysages urbains composés d’un large variété de constructions, souvent en ruines et taggées, on trouve un zoo humain cachant des surprises à la façon de Où Est Charlie. Ben Tolman est maître en construction et chacun de ses tracés est aussi solide qu’une brique ou une planche.

Julien Primard est un peintre autodidacte français, également designer de formation et de métier. S’inspirant des courants classiques et surréalistes, il peint à l’huile des compositions prônent l’abandon, qui nous entrainent vers des lieux insolites, souvent inaccessibles, édifiant ces ruines au rang de monuments, parfois peuplés de personnages anonymes et invisibles. Ses tableaux sont minutieusement préparés grâce à un travail de photographie quotidien et de dessin. Les photos de scooters, de bâtiments, de chaussures usées et autres portes condamnées qu’il accumule deviennent ainsi des fragments qu’il assemble pour constituer ses récits visuels. On retrouve également la quête d’immensité et de liberté comme sujet important à travers les ciels qu’il peint en mouvement dans chacune de ses toiles. Ses oeuvres sont les scènes d’une dualité entre une terre figée et des ciels éphémères créant une forme d’onirisme qui enveloppe le spectateur, le faisant circuler entre des univers parallèles.

On peut envisager le travail du peintre américano-chinois Mu Pan comme la rencontre entre Jérôme Bosch, Kuniyoshi et Marvel Comics, avec de grandes peintures épiques et narratives, imprégnées de références culturelles et historiques au Japon et à la Chine, et de pop culture américaine. Son travail plus récent lui permet d’élaborer une nouvelle forme de narration, et la création d’un panthéon de dieux animaux. L’ambiance de chaos et de fourmillement qui se dégage de la plupart de ses œuvres ne sont pas sans évoquer les miniatures hollandaises ou indiennes, pour ses atmosphères de fin du monde, pour ses personnages hybrides mi-homme mi-animal, pour le foisonnement de détails et le caractère mystique et mythique qui s’en dégage.

Paul Ressencourt et Simon Roché composent le duo d’artistes français travaillant sous le nom de MURMURE. Depuis leur rencontre aux Beaux-Arts de Caen il y a une dizaine d’années, ils développent une esthétique en noir et blanc sur papier et dans l’espace urbain, où ils détournent le contexte de l’emplacement au profit d’une narration picturale acerbe. Au croisement d’artistes au trait graphique tels que Banksy, Pejac, Levalet, ou encore Ernest Pignon Ernest, ils portent à travers leurs dessins un regard incisif sur notre environnement naturel détruit par les excès du monde industriel. Cependant, si le caractère engagé de leur travail ne fait aucun doute, ils n’ont pas la prétention d’être des « artivistes ». Leur cheval de bataille est avant tout plastique. Un travail d’une belle facture, extrêmement soigné et détaillé, qui invite à réfléchir à l’avenir.

Obsédé par les croupes de femmes, Namio Harukawa (né en 1947 à Osaka et mort le 24 avril 2020) est un artiste japonais qui s’est spécialisé dans le domaine du dessin érotique. Sa première exposition personnelle en dehors du Japon a eu lieu en 2013, à Paris, au Musée de l’érotisme. Les adeptes du « face-sitting » rêvent de lécher jusqu’à l’asphyxie l’entre-jambe de la personne qui les domine : Harukawa a fait de ce fantasme le sujet essentiel de son oeuvre. Il aura décliné cette obsession pendant plus de 30 ans sous la forme de dessins qui répètent la même scène : une femme au fessier somptueux assise sur un avorton masochiste, dont elle écrabouille littéralement la tête entre ses fesses, l’écrasant de tout son poids, tout en lisant un livre ou buvant un verre de vin… Englouti dans la masse, le visage du nabot semble disparaître. On ne distingue parfois plus que le crâne dégarni du petit homme, réduit à l’état de vermisseau. Son horizon est borné par la chair d’une femme «fondamentale», au sens propre du terme. Elle le presse entre ses fesses, comme s’il n’était qu’une feuille de papier hygiénique, à l’endroit même d’où il est sorti.

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